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Pascale Raoux

Membre de la Société Française de Psychanalyse Appliquée​​

Psychanalyse et Psychothérapie​

Cabinet et téléconsultations​​

Le 1er mai : ce que le travail révèle de notre rapport au travail

Dernière mise à jour : il y a 19 heures

Chaque 1er mai, le mot « travail » s’affiche partout. Pourtant, cette journée est précisément celle où le travail s’arrête.

Cette apparente contradiction donne au signifiant « travail » une résonance particulière.

Travailler ne signifie pas seulement exercer un métier ou gagner sa vie. Le travail peut être une nécessité, une source de reconnaissance, une manière de trouver sa place ou de satisfaire un idéal. Il peut aussi devenir une exigence dont il semble impossible de s’affranchir.

La psychanalyse permet d’entendre ce qui se joue, dans l’inconscient, derrière notre rapport au travail.

Le 1er mai : une histoire de limite

La Fête du Travail trouve son origine dans les luttes ouvrières pour la réduction du temps de travail, notamment pour la journée de huit heures. Au XIXe siècle, avec l’industrialisation, les journées de travail sont souvent très longues. La revendication des huit heures devient une lutte majeure du mouvement ouvrier, notamment aux États-Unis. Les mobilisations du 1er mai 1886 et le drame de Haymarket à Chicago marquent cette histoire.

Une formule résume cette revendication :

Huit heures pour travailler, huit heures pour se reposer, huit heures pour vivre.

Le principe est simple : le travail doit avoir une limite.

Après la Première Guerre mondiale, cette question devient également une préoccupation internationale. Créée en 1919 dans le cadre du traité de Versailles, l’Organisation internationale du Travail (OIT) adopte la même année sa première convention, qui fixe pour l’industrie une limite de huit heures par jour et de quarante-huit heures par semaine, soit six jours de travail.

La journée de huit heures affirme ainsi qu’il doit exister un temps où le travail s’arrête.

Quand le travail ne s’arrête plus

Cette limite peut pourtant disparaître dans la vie psychique.

Certaines personnes continuent à travailler mentalement une fois leur journée terminée. D’autres culpabilisent dès qu’elles prennent du repos. Le travail peut alors devenir une exigence intérieure.

Le surmoi impose ses impératifs : il faut réussir, produire, être à la hauteur, ne jamais relâcher l’effort.

Le repos devient alors difficile à s’autoriser.

Le travail n’est plus seulement une activité professionnelle : il devient une injonction.

Le travail comme symptôme

Travailler sans relâche peut permettre de maintenir à distance une insatisfaction, une solitude, une difficulté affective ou un désir qui ne trouve pas sa place.

Tant que l’on travaille, certaines questions restent en suspens.

Mais l’inverse existe également. L’impossibilité de travailler, les échecs répétés, le refus de toute contrainte professionnelle ou la difficulté à trouver sa place peuvent eux aussi avoir une dimension inconsciente.

Travailler trop ou ne pas travailler : le même signifiant peut conduire dans des directions opposées.

Le travail de l’accouchement

Le mot « travail » ne désigne pas seulement une activité professionnelle. Il désigne aussi le travail de l’accouchement.

Toute naissance est précédée par ce travail : un processus qui demande du temps, mobilise le corps et conduit à une transformation radicale.

Quelque chose advient qui n’était pas encore là : une naissance.

En psychanalyse, le signifiant ne se réduit pas à sa définition. Il s’inscrit dans une histoire et se noue à d’autres signifiants, à des représentations et à des associations inconscientes.

Le travail de l’accouchement inscrit ainsi le signifiant « travail » dans l’histoire de toute naissance.

Lorsque la naissance a lieu un 1er mai, jour consacré au Travail, cette inscription peut prendre une résonance particulière.

Et si le travail de l’accouchement a été long, difficile ou douloureux, le signifiant « travail » peut se charger de cette expérience.

Le travail peut alors se trouver associé, dans l’inconscient, à l’effort, à l’épreuve, à la douleur et à la nécessité de parvenir au bout — mais aussi au désir de ne pas travailler, de s’en libérer ou d’y échapper.

Travail et non-travail, effort et repos, contrainte et liberté : un même signifiant peut faire entendre des positions inconscientes très différentes.

La manière dont nous travaillons peut ainsi être traversée par ce que le signifiant « travail » porte dans notre histoire.

Le travail psychique

Cette idée du travail comme transformation est au cœur de la psychanalyse freudienne.

Freud parle du Traumarbeit, le travail du rêve, du Trauerarbeit, le travail du deuil, et du Durcharbeiten, la perlaboration.

Le psychisme travaille ce qui le traverse. Le rêve transforme les pensées latentes. Le deuil remanie les investissements liés à la perte. La perlaboration permet de reprendre dans la parole ce qui se répète.

Le mot « travail » désigne alors une opération psychique : quelque chose se transforme.

Ce déplacement permet de comprendre autrement notre rapport au travail professionnel. Nous ne travaillons pas seulement pour produire. Nous pouvons aussi chercher à construire, à créer, à obtenir une reconnaissance ou à trouver une place.

Quand le travail s’arrête

Le 1er mai suspend le travail. Et lorsque le travail s’arrête, ce qu’il maintenait à distance peut surgir. Travailler comme ne pas travailler peuvent ainsi être des manières de traiter ce qui insiste dans l’inconscient.

Ce que le travail fait travailler en nous

Notre rapport au travail engage notre histoire, nos idéaux, notre rapport à l’autorité, notre besoin de reconnaissance, notre peur de l’échec et notre rapport au désir.

Le travail peut devenir le lieu où se rejouent des conflits plus anciens. Il peut aussi être le lieu où quelque chose prend forme.

Derrière le travail professionnel, il y a parfois un autre travail : celui du désir, du conflit, de la séparation, de la perte ou de la création.

Le 1er mai nous rappelle que le travail peut être suspendu.

Mais l’inconscient, lui, ne s’arrête pas.

Et derrière le travail que nous faisons chaque jour, il y a peut-être ce que nous cherchons, sans le savoir, à faire advenir.

Qu’est-ce que votre rapport au travail fait travailler en vous ?

 
 

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