Quand le surmoi punit : la violence tournée contre soi
- pascaleraouxpsycha

- 10 avr.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Nous pouvons parfois nous en vouloir bien plus que la situation ne semble le justifier. Cette sévérité envers nous-mêmes peut aller jusqu’à la culpabilité, la honte, l’auto-dévalorisation ou encore l’auto-sabotage. En psychanalyse, le surmoi permet de penser cette exigence intérieure qui juge, condamne et peut aller jusqu’à punir.
Le surmoi : juge intérieur et instance critique
Le surmoi est l’instance psychique qui intègre entre autres les interdits et les idéaux parentaux. Il juge les pensées, les désirs et les actes du sujet, même lorsqu’ils restent inconscients.
Lorsqu’il est rigide ou trop sévère :
il condamne l’intention autant que l’acte ;
il impose un idéal moral difficile à atteindre ;
il entretient une surveillance interne permanente.
Le sujet peut alors se sentir constamment accusé.
Culpabilité inconsciente : punition sans faute
La culpabilité inconsciente ne correspond pas toujours à une faute réelle. Elle peut avoir des origines multiples : un désir vécu comme interdit, une agressivité, un conflit avec les exigences du surmoi, mais aussi une histoire familiale dans laquelle l’inconscient peut reprendre le poids d’une faute et la faire porter au sujet, sans que celui-ci puisse en connaître l’origine.
Elle peut se manifester par une honte sans cause claire, un malaise après certaines pensées ou certains désirs, un auto-jugement sévère ou encore des rêves de procès ou d’accusation.
Mais il arrive aussi que la culpabilité s’appuie sur une faute réelle. Une personne peut avoir menti, trahi, blessé quelqu’un ou transgressé une règle à laquelle elle tient. Le surmoi peut alors se manifester avec une grande sévérité : le sujet ne se contente plus de reconnaître ce qu’il a fait, il peut se condamner lui-même et chercher, consciemment ou non, une forme de punition.
Retour de culpabilité après affirmation de soi
Même un geste juste ou nécessaire — dire non, poser une limite, affirmer une position — peut déclencher un retour de culpabilité.
Une personne peut, par exemple, poser une limite à quelqu’un qui lui demande constamment de l’aide. Elle sait qu’elle a le droit de dire non et le fait. Pourtant, une fois seule, elle peut se reprocher sa réponse, se demander si elle n’a pas été égoïste ou injuste et ressentir le besoin de « réparer ». La limite qu’elle vient de poser peut alors devenir, pour elle, une faute.
L’affirmation de soi peut ainsi réveiller un conflit entre le désir de se différencier de l’autre et les exigences auxquelles le sujet reste soumis intérieurement.
Quand le surmoi attaque le moi
Un surmoi rigide peut provoquer une véritable attaque interne contre le moi : le sujet se dévalorise, s’auto-punit ou répète des échecs.
Cela peut aussi apparaître dans des situations plus ordinaires. Une personne peut souhaiter obtenir quelque chose, travailler pour y parvenir, puis, au moment où cela devient possible, commettre une erreur, repousser une échéance ou renoncer sans comprendre ce qui l’a arrêtée. Elle peut ensuite se reprocher son échec, alors même qu’une autre partie d’elle semble avoir contribué à le provoquer.
Ce type de répétition ne signifie pas nécessairement que le sujet veut échouer. La psychanalyse cherche plutôt à comprendre ce qui, dans son histoire et dans son fonctionnement psychique, peut rendre certaines réussites, certains désirs ou certaines positions difficiles à assumer.
Le travail analytique
La psychanalyse permet de :
mettre en mots l’agressivité et les fantasmes
repérer l’origine et le fonctionnement du surmoi
distinguer le fantasme de l’acte réel
comprendre les mécanismes d’auto-punition
Il ne s’agit pas de supprimer l’agressivité, mais de pouvoir la transformer. Lorsqu’elle ne se retourne plus contre soi, elle peut devenir une force de combativité : celle qui permet de s’affirmer, de poser ses limites, de se différencier de l’autre et de défendre ce qui compte pour soi.
La culpabilité inconsciente peut alors progressivement être pensée plutôt que subie.
Si la culpabilité, l’auto-jugement ou le sentiment de se punir soi-même prennent trop de place, la psychanalyse peut permettre d’en rechercher le sens et d’en comprendre les ressorts.
Si vous souhaitez engager ce travail, je vous accompagne en consultation, à distance ou en cabinet à Marseille.
