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Pascale Raoux

Membre de la Société Française de Psychanalyse Appliquée​​

Psychanalyse et Psychothérapie​

Cabinet et téléconsultations​​

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Le temps, c’est de l’argent : quelle signification en psychanalyse ?



Que signifie vraiment l’expression « le temps, c’est de l’argent » ? Une lecture psychanalytique du rapport au temps, entre inconscient, angoisse et productivité.


L’expression « le temps, c’est de l’argent » est omniprésente dans notre quotidien. Elle semble aller de soi, comme une évidence liée à l’efficacité et à la rentabilité. Mais quelle est sa signification en psychanalyse ? Que révèle-t-elle de notre rapport au temps, à l’attente, ou encore à ce qui échappe à toute logique de productivité ?

Derrière cette formule apparemment banale se dessine une certaine manière de penser le temps et, plus profondément, de se rapporter à soi-même.


« Le temps, c’est de l’argent » : une vision économique du temps

Assimiler le temps à l’argent revient à transformer une dimension essentielle de l’existence en ressource mesurable et exploitable. Dans cette perspective, chaque minute devrait être utilisée de façon optimale, productive, rentable.

Cette logique, très présente dans nos sociétés contemporaines, impose une forme de calcul permanent : perdre du temps devient presque une faute, tandis que l’optimiser devient une exigence implicite.

Mais cette vision laisse peu de place à une autre réalité : celle du temps vécu, du temps subjectif, qui ne se laisse pas réduire à une simple unité de mesure.


Le temps en psychanalyse : une temporalité singulière

En psychanalyse, le rapport au temps ne se limite pas au temps chronologique. Le temps de l’inconscient obéit à une logique différente, faite de retours, de répétitions et de décalages.

Un souvenir ancien peut surgir avec une intensité intacte, tandis qu’un événement récent peut rester sans effet immédiat. Ce décalage montre que le psychisme ne fonctionne pas selon une progression linéaire.

Dans ce contexte, le temps ne peut pas être « rentabilisé ». Il est le lieu d’un travail psychique qui ne suit ni rythme imposé ni logique de performance.


L’angoisse de perdre du temps

Si l’expression « le temps, c’est de l’argent » s’impose avec autant de force, c’est aussi parce qu’elle touche à une angoisse contemporaine : celle de perdre du temps.

Attendre, ne rien faire, hésiter… ces moments sont souvent vécus comme inutiles, voire insupportables. Pourtant, ils sont parfois essentiels. Ce sont des temps où quelque chose se transforme, où une pensée se construit, où un désir se précise.

Du point de vue psychanalytique, cette difficulté à tolérer le « temps vide » peut révéler une tension face à ce qui échappe au contrôle et à la maîtrise.


Le rapport au temps comme expression du sujet

Notre manière de vivre le temps, courir après, le remplir, le retarder ou l’éviter n’est jamais neutre. Elle peut être comprise comme une expression du sujet, porteuse de sens.

Certaines personnes vivent dans une urgence constante, comme si chaque instant devait être exploité. D’autres, au contraire, semblent différer sans cesse ce qu’elles pourraient entreprendre.

Ces positions ne relèvent pas simplement d’une mauvaise gestion du temps. Elles témoignent d’un rapport singulier au temps, souvent lié à l’histoire personnelle et aux enjeux inconscients.


Sortir de la logique de rentabilité du temps

L’approche psychanalytique invite à interroger l’évidence contenue dans « le temps, c’est de l’argent ». Elle ouvre la possibilité d’un autre rapport au temps, dégagé des seules exigences de productivité.

Un temps qui ne rapporte rien au sens économique peut pourtant être précieux : temps de réflexion, de rêverie, de parole, ou simplement de pause.

Ce temps-là n’est pas perdu. Il participe à un travail psychique essentiel, qui ne peut être ni accéléré ni quantifié.


L’expression « le temps, c’est de l’argent » peut évoquer une vision du monde où tout doit être utile, mesurable et rentable.

La psychanalyse propose une autre lecture : elle met en lumière un temps du sujet, irréductible à toute logique économique.

Interroger son rapport au temps, ce n’est pas chercher à mieux le gérer. C’est peut-être commencer à entendre ce qui, en soi, ne se laisse pas comptabiliser.

 
 
 

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