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Pascale Raoux

Membre de la Société Française de Psychanalyse Appliquée​​

Psychanalyse et Psychothérapie​

Cabinet et téléconsultations​​

Le temps, c’est de l’argent : quelle signification en psychanalyse ?

24 avr.
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 août

Le temps, c’est de l’argent.

L’expression transforme le temps en valeur. On peut le gagner, le perdre, le prendre, le donner, le dépenser. Même le tuer.

Tant introduit la quantité. Tend introduit le mouvement : tendre vers, tendre la main, se tendre dans l’attente.

Le temps se trouve ainsi pris entre mesure et mouvement, entre ce qui est là et ce qui est attendu.

Le temps passe

Le temps est une dimension abstraite qui mesure le changement : le présent devient le passé.

Chronos, personnification du temps dans certaines traditions grecques, a été rapproché de Cronos, le Titan qui dévore ses enfants. Ce rapprochement a nourri une image saisissante du temps : celui qui dévore ce qu’il fait naître.

Tout ce qui naît est voué à passer.

Une présence, une rencontre, un amour, une époque peuvent appartenir au passé et continuer pourtant à vivre psychiquement.

Le temps de l’inconscient

Pour Freud, les processus inconscients ne sont pas soumis à la chronologie comme les événements de la vie consciente. Ce qui a eu lieu ne perd pas nécessairement sa force parce que les années passent.

Un souvenir peut resurgir. Un désir peut rester actif. Une expérience ancienne peut continuer à agir dans le présent.

L’inconscient fait revenir ce qui a été pour lutter contre le temps qui passe et l’angoisse du temps.

La psychanalyse introduit aussi la notion d’après-coup (Nachträglichkeit) : un événement ancien peut prendre une signification nouvelle à partir de ce qui survient plus tard.

Le présent peut ainsi modifier la manière dont le passé fait retour.

Le temps et l’argent

« Le temps, c’est de l’argent » rapproche deux choses que l’on peut compter.

Pourtant, chacun n’investit ni son temps ni son argent de la même manière.

Une heure peut être une dépense, une perte, un gain, une attente ou un moment précieux. Le même montant peut avoir une valeur psychique très différente selon ce qu’il représente.

Le mot investir est ici particulièrement intéressant : on investit de l’argent, mais aussi du temps, de l’énergie, une relation, une parole, un désir.

Ce qui est investi ne se réduit pas à une quantité.

Le temps de la séance

Dans la cure, chacun n’investit pas son temps de la même manière. Le prix de la séance est le même, mais ce que chacun y engage peut être très différent. Le temps et l’argent prennent alors une valeur singulière pour chacun.

Une séance peut durer une heure ou une heure et demie. Sa durée se mesure, mais ce qui s’y engage ne se mesure pas en minutes.

Le temps de la parole n’est pas celui de l’horloge.

Gagner du temps, perdre son temps

Nous parlons du temps comme d’une chose que nous pourrions maîtriser : gagner du temps, perdre son temps, prendre son temps, manquer de temps.

Et même tuer le temps.

Que cherche-t-on à tuer lorsque l’attente devient insupportable ?

Le temps devient quelque chose que l’on voudrait remplir, accélérer ou retenir.

Pourtant, l’inconscient ne se plie pas à cette économie.

Une parole peut revenir des années après. Une rencontre peut continuer à produire ses effets. Un événement ancien peut trouver, bien plus tard, une autre signification.

Le temps passe. L’inconscient, lui, ne compte pas les années.

Le temps de l’un, le temps de l’autre

Et puis il y a ceux qui arrivent en retard, et ceux qui arrivent très en avance.

Ce n’est pas toujours une simple question d’organisation.

Arriver en retard, c’est prendre sur le temps de l’autre.

Arriver en avance, c’est déjà être dans le temps du rendez-vous avant qu’il n’ait commencé.

Le temps de chacun rencontre alors celui de l’autre.

Le temps se mesure avec une horloge. Ce que nous en faisons ne se mesure pas de la même manière.

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