La psychanalyse n’est pas seulement là pour nous rassurer sur nous-mêmes, elle est aussi là pour interroger ce que nous préférerions ne pas voir
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Nous aimons être confortés dans l’idée que nous avons de nous-mêmes. Nous pensons connaître nos intentions, comprendre nos réactions et pouvoir donner une certaine cohérence à notre histoire.
Mais quelque chose peut résister à cette image que nous avons construite. Nous pouvons être sincères dans ce que nous racontons de nous-mêmes et pourtant ne pas tout savoir de ce qui nous anime.
C’est précisément à cet endroit que la psychanalyse intervient.
Ne pas seulement chercher à être rassuré
La psychanalyse est un lieu où l’on peut venir déposer une souffrance et être entendu. Mais le travail analytique ne s’arrête pas nécessairement au soulagement.
Car parfois, ce qui souffre demande aussi à être entendu autrement.
Nous savons ce que les autres nous ont fait, les blessures que nous avons traversées et les événements qui nous ont marqués. Tout cela a son importance.
Mais la psychanalyse introduit une autre question.
Qu’est-ce qui, dans ma propre histoire, continue de se jouer à mon insu ?
Cette question ne nie pas la réalité d’une souffrance. Elle ouvre un autre registre : celui de la position subjective.
Quelle place dans ce qui se répète ?
Il arrive que nous répétions des situations que nous ne souhaitons plus vivre, que certaines relations réveillent toujours les mêmes difficultés ou que nous cherchions consciemment quelque chose tout en nous dirigeant inconsciemment vers autre chose.
Certaines situations nous ont été imposées. Certaines blessures ont réellement été subies. Reconnaître la part qui nous revient ne signifie donc jamais nier ce que nous avons vécu.
Mais la psychanalyse peut déplacer la question.
Quelle place est-ce que j’occupe dans ce qui m’arrive et dans ce qui se répète ?
Il ne s’agit pas de rechercher une faute cachée. Il s’agit de pouvoir reconnaître que nous sommes aussi engagés dans notre propre histoire.
C’est ce que l’on peut entendre par responsabilité subjective : pouvoir reconnaître la manière dont nous sommes engagés dans ce qui nous arrive.
Le sujet n’est alors plus seulement celui à qui les choses arrivent. Il devient actant de sa propre existence.
Ce que nous préférerions ne pas voir
Ce que nous préférerions ne pas voir n’est pas nécessairement ce qu’il y a de plus sombre en nous. Cela peut aussi toucher à des parts de nous-mêmes que nous jugeons, que nous rejetons ou dont nous ne voulons rien savoir.
Cela peut être une colère, un désir, une jalousie, une envie de nuire, une rivalité, une satisfaction à voir l’autre échouer, ou encore une part de nous-mêmes qui ne correspond pas à l’image que nous avons de nous-mêmes.
La psychanalyse ne demande pas au sujet de devenir quelqu’un d’autre, ni de se condamner pour ce qu’il découvre. Elle lui permet de regarder ce qui existe en lui sans avoir à le nier.
L’inconscient se manifeste dans les mots, les oublis, les rêves, les répétitions et ce qui revient malgré nous.
Le psychanalyste écoute précisément ces endroits où quelque chose déborde le discours habituel.
Une interprétation peut alors interrompre une évidence. Elle ne vient pas imposer une vérité au sujet, mais ouvrir une question.
Le bénéfice de la maladie
Même lorsqu’une situation nous fait souffrir, elle peut avoir une fonction psychique.
Freud a notamment parlé du « bénéfice de la maladie » pour désigner ce que le symptôme peut apporter inconsciemment au sujet, malgré la souffrance qu’il provoque. Il peut protéger quelque chose, maintenir un équilibre ou permettre d’éviter une situation psychiquement difficile.
Cela ne signifie évidemment pas que la personne choisit consciemment de souffrir.
Cela signifie qu’une souffrance peut aussi avoir une fonction dont le sujet n’a pas conscience.
C’est pourquoi il importe d'entendre ce que le symptôme vient soutenir ou préserver.
Lorsque quelque chose résiste au changement
Nous pouvons dire sincèrement : « Je veux que cela change », et pourtant constater qu’une partie de nous semble maintenir ce qui nous fait souffrir.
Cette contradiction appartient à la complexité du sujet humain.
La psychanalyse appelle résistance ce qui, dans le travail analytique, s’oppose à ce qu’une dimension inconsciente puisse être reconnue ou élaborée.
La résistance n’est pas une mauvaise volonté. Elle témoigne de la difficulté à renoncer à un mécanisme de défense, même lorsque celui-ci est devenu source de souffrance.
Ainsi, une personne peut penser : « Je tombe toujours sur les mauvaises personnes ».
Certaines rencontres ont effectivement pu être destructrices. Mais le travail analytique peut ouvrir une autre question.
Qu’est-ce qui, dans cette répétition, mérite d’être entendu ? Quelle place est-ce que j’y prends ?
Cette question permet au sujet de ne plus se vivre seulement comme celui à qui les choses arrivent.
Une autre liberté devient possible
La psychanalyse ne cherche pas à construire une meilleure image de soi.
Elle invite plutôt à rencontrer un sujet plus complexe, moins idéal, mais aussi plus libre.
Lorsque ce qui était subi peut commencer à être élaboré, le sujet peut progressivement modifier son rapport à certaines répétitions et à ce qui le faisait souffrir.
La psychanalyse n’est donc pas seulement là pour nous rassurer sur nous-mêmes. Elle accueille la souffrance, mais elle invite aussi à interroger ce qui, en nous, résistait à être entendu.
Car nous ne sommes pas seulement façonnés par notre histoire : nous avons aussi à répondre de la place que nous y prenons et de ce que nous en faisons.
C’est peut-être dans cet écart entre ce que nous croyons être et ce que nous découvrons de nous-mêmes que peut apparaître une nouvelle liberté.
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