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​Pascale Raoux

Membre de la Société Française de Psychanalyse Appliquée​​​​​​

Psychanalyse et Psychothérapie​

Cabinet et téléconsultations​​

La Madeleine de Proust : une porte d'entrée vers l'inconscient

21 mars 2025
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 oct.

Dans À la recherche du temps perdu, Marcel Proust décrit une scène devenue emblématique : le narrateur trempe une madeleine dans une tasse de thé. Le goût de ce petit gâteau fait naître un bonheur immédiat, dont il ne saisit d’abord pas la raison. Puis, peu à peu, Combray, son enfance et les dimanches chez sa tante Léonie surgissent dans son esprit.

Ce qui se produit alors dépasse le simple rappel du passé. Une sensation du présent fait réapparaître une expérience ancienne, avec une intensité qui efface la distance entre le passé et le présent.

C’est ce que nous appelons aujourd’hui « la madeleine de Proust » : une sensation présente fait surgir quelque chose du passé, sans que nous l’ayons volontairement convoqué.

Quand le passé revient par les sens

Une odeur, un goût, une mélodie ou une sensation peuvent faire apparaître une image, une scène ou une impression que nous pensions oubliée. Ce qui apparaît peut être une atmosphère, un visage, quelques mots ou une émotion.

Freud s’est intéressé à la manière dont certains éléments apparemment insignifiants peuvent faire apparaître des pensées ou des associations qui n’étaient pas recherchées consciemment.

La madeleine de Proust permet de penser ce décalage : nous ne décidons pas toujours de ce qui revient à notre mémoire. Une sensation peut mettre en mouvement une série d’associations qui nous conduisent bien au-delà du détail initial.

Une sensation, puis des associations

Une image peut en appeler une autre, un mot en faire surgir un autre, une scène ouvrir sur une autre scène.

La sensation devient alors un point de départ. Elle met en mouvement une chaîne d’associations dont nous ne connaissons pas à l’avance le point d’arrivée.

C’est aussi ce qui donne son intérêt à la parole en psychanalyse. Il ne s’agit pas seulement de retrouver le passé, mais de suivre les associations qui se présentent dans le discours, parfois là où on ne les attendait pas.

Le temps qui passe, et ce qui ne passe pas

Le temps passe. Les années s’éloignent, les lieux changent, les personnes disparaissent.

Pourtant, l’expérience de la madeleine montre que le passé ne disparaît pas simplement avec le temps. Une expérience ancienne peut retrouver, dans le présent, une intensité qui semble effacer la distance temporelle.

La madeleine donne ainsi une forme sensible à une lutte contre le temps qui passe. Elle ne fait pas revenir le temps en arrière, mais elle montre que ce qui est révolu dans le temps chronologique ne l’est pas nécessairement dans la vie psychique.

L’inconscient ne connaît pas le temps.

Une trace, une image, un mot ou une sensation peuvent rester actifs longtemps après l’événement qui les a inscrits.

Nous avançons dans le temps, mais notre vie psychique ne se laisse pas enfermer dans cette chronologie.

Une porte vers l’inconscient

Comment quelque chose peut-il apparaître en nous sans que nous l’ayons décidé ?

C’est là que la madeleine de Proust rejoint la psychanalyse. Une sensation peut faire surgir une image, un mot ou une association. Ce qui semblait n’être qu’un détail peut prendre une autre signification lorsqu’il trouve sa place dans la parole.

La mémoire n’est pas un simple réceptacle de ce qui a été.

Ce qui a été vécu continue de s’associer, de se déplacer et de prendre place dans notre histoire.

En psychanalyse, il ne s’agit pas seulement de chercher à retrouver ce qui a été vécu. Il s’agit de suivre ce qui se dit, ce qui se répète, ce qui s’associe, et la manière dont quelque chose de notre histoire continue de se nouer au présent.

La madeleine de Proust ouvre ainsi une porte vers l’inconscient : elle nous montre que le passé n’est pas toujours derrière nous.

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