Le temps des vacances : quand le quotidien ralentit
- pascaleraouxpsycha

- 27 juil. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Les vacances sont censées faire du bien.
On les attend parfois pendant des mois. On imagine les journées sans réveil, les repas qui s’éternisent, les horaires que l’on oublie, le plaisir de ne rien avoir à faire.
Et puis, une fois arrivé, quelque chose d’étrange peut se produire.
On dort davantage, mais on se sent fatigué.
On avait envie de ne penser à rien, et les pensées se multiplient.
On voulait profiter, et une inquiétude apparaît.
On retrouve des proches que l’on aime, mais certaines tensions deviennent plus visibles.
Comment comprendre ce décalage entre ce que les vacances sont censées apporter et ce que nous pouvons réellement éprouver ?
Peut-être faut-il commencer par regarder ce que le temps des vacances vient interrompre.
Quand le quotidien cesse de nous occuper
Le quotidien est fait de rendez-vous, d’horaires, de contraintes et d’habitudes.
Même ce qui nous pèse peut avoir une fonction : cela organise nos journées.
Le travail impose une heure de lever. Les obligations donnent un rythme. Les déplacements occupent une partie de notre temps. Les autres sollicitent notre attention.
Puis arrivent les vacances.
Tout cela ralentit.
Et lorsque ce qui nous occupait disparaît, nous découvrons parfois que nous ne sommes pas nécessairement plus tranquilles.
Une pensée revient.
Une contrariété prend davantage de place.
Un souvenir surgit.
Une relation devient difficile à supporter.
Ce n’est pas forcément que les vacances « font remonter l’inconscient ».
Il serait trop simple de considérer l’inconscient comme quelque chose qui attendrait silencieusement que nous soyons en vacances pour apparaître.
Mais lorsque les occupations habituelles diminuent, certaines choses peuvent devenir plus difficiles à tenir à distance.
Le repos n’est pas toujours reposant
Nous avons tendance à imaginer le repos comme une absence de tension.
Pourtant, certaines personnes éprouvent une forme d’inconfort lorsqu’elles n’ont plus rien à faire.
Elles cherchent alors une activité, consultent leur téléphone, organisent une sortie, remplissent les journées.
Comme si le vide devait immédiatement être comblé.
Ce vide n’est pourtant pas nécessairement vide.
Il peut laisser apparaître une question que l’on repoussait depuis longtemps, une insatisfaction, une tristesse, un désir ou simplement une pensée que le rythme ordinaire ne laissait pas le temps d’entendre.
L’ennui peut alors devenir intéressant.
Non pas parce qu’il serait automatiquement le signe qu’un désir inconscient cherche à se manifester, mais parce qu’il nous confronte à ce qui se passe lorsque nous ne sommes plus constamment occupés.
Que faisons-nous de nous-mêmes lorsque personne ne nous demande rien ?
Les vacances peuvent aussi modifier nos relations
Il y a une autre particularité des vacances : nous passons parfois beaucoup plus de temps avec les mêmes personnes.
Un couple qui se croisait à peine pendant la semaine se retrouve ensemble toute la journée.
Des parents et leurs enfants partagent davantage de temps.
Une famille se réunit.
Les habitudes changent.
Et ce qui était supportable dans le rythme ordinaire peut devenir plus visible.
Une remarque agace davantage.
Un silence devient pesant.
Une ancienne dispute revient dans la conversation.
Ce n’est pas nécessairement que les vacances créent les conflits.
Elles peuvent simplement modifier les conditions dans lesquelles ils se manifestent.
Lorsque le quotidien ne permet plus de prendre de distance par le travail, les horaires ou les activités, certaines tensions deviennent plus difficiles à contourner.
Les vacances ne fabriquent donc pas nécessairement un problème.
Elles peuvent parfois nous empêcher momentanément de ne pas le voir.
Pourquoi rêve-t-on davantage en vacances ?
On entend souvent dire que l’on rêve davantage pendant les vacances.
Il faut là encore être prudent.
Nous rêvons normalement plusieurs fois au cours d’une nuit, mais nous ne nous souvenons pas toujours de nos rêves. Un changement de rythme, un sommeil plus long ou un réveil moins brutal peuvent favoriser leur souvenir.
Ce qui change peut donc être moins la quantité de rêves que la possibilité de s’en souvenir.
Et lorsqu’un rêve revient au réveil, il peut surprendre.
Une personne que l’on n’avait pas vue depuis des années apparaît.
Un lieu ancien revient.
Une situation impossible se déroule comme si elle était parfaitement normale.
Le rêve ne constitue pas un message qu’il suffirait de décoder à l’aide d’un dictionnaire des symboles.
En psychanalyse, il est plutôt question de ce que le rêve met en mouvement pour celui ou celle qui l’a fait : les associations, les souvenirs, les mots qui viennent après.
Là encore, le changement de rythme des vacances peut simplement offrir davantage de disponibilité pour entendre ce qui, habituellement, est oublié dès le réveil.
Partir en vacances ne signifie pas partir de soi
C’est peut-être l’une des choses les plus difficiles à accepter.
Nous pouvons changer de ville, de pays, de paysage.
Nous pouvons laisser derrière nous notre bureau, nos dossiers et nos habitudes.
Mais nous ne laissons pas notre vie psychique sur le quai de la gare ou à l’aéroport.
Ce que nous sommes, ce que nous désirons, ce qui nous inquiète, les conflits qui nous traversent continuent de nous accompagner.
Changer de décor ne suffit pas à changer le rapport que nous entretenons avec nous-mêmes ou avec les autres.
C’est parfois précisément pour cette raison que certaines vacances sont moins reposantes que prévu.
Nous attendions de la distance.
Nous découvrons que certaines choses voyagent avec nous.
Le retour peut être aussi révélateur que le départ
On parle beaucoup du départ en vacances.
On parle moins du retour.
Pourtant, celui-ci peut produire une expérience particulière.
Retrouver son appartement, son travail, ses horaires, ses habitudes peut provoquer un soulagement.
Ou au contraire une impression d’étouffement.
Après quelques semaines où le temps semblait nous appartenir davantage, le retour aux contraintes ordinaires peut devenir difficile.
Une question peut alors apparaître :
qu’est-ce qui, dans ma vie quotidienne, me convient réellement ?
Il ne s’agit pas de transformer chaque malaise de rentrée en problème psychologique.
Mais parfois, ce que nous ressentons au retour donne à entendre quelque chose que nous n’avions pas entendu avant de partir.
Les vacances peuvent alors fonctionner comme un révélateur, non parce qu’elles dévoileraient miraculeusement notre inconscient, mais parce qu’elles déplacent temporairement les conditions habituelles de notre existence.
Ce que les vacances mettent entre parenthèses
Les vacances ne suspendent pas la vie psychique.
Elles suspendent certaines obligations.
Et cette différence change beaucoup de choses.
Lorsqu’une partie de nos occupations disparaît, nous pouvons découvrir que nous étions plus occupés que nous ne le pensions.
Parfois, cela fait du bien.
Parfois, cela inquiète.
Parfois encore, cela donne envie de reprendre immédiatement le rythme habituel.
Il n’y a pas une seule manière de vivre les vacances.
Il n’y a pas non plus une interprétation valable pour tout le monde.
Mais cette période peut nous confronter à une expérience simple : lorsque le monde extérieur ralentit, quelque chose de notre monde intérieur peut devenir plus audible.
Pas nécessairement un secret enfoui.
Pas nécessairement un traumatisme.
Parfois simplement une pensée, un désir, une inquiétude ou une question que nous n’avions jusque-là pas eu le temps d’entendre.
Et après les vacances ?
Peut-être que le plus intéressant n’est pas ce que les vacances nous ont « révélé ».
Mais ce que nous en faisons ensuite.
Un souvenir qui revient.
Une relation devenue difficile à supporter.
Une envie que l’on ne veut plus repousser.
Une lassitude qui persiste malgré le repos.
Une pensée qui revient régulièrement.
La psychanalyse peut offrir un espace où ces éléments peuvent être déposés et entendus sans devoir leur donner immédiatement une explication.
À Marseille, en cabinet, ou à distance, je propose des séances de psychanalyse dans un cadre confidentiel.
Il ne s’agit pas de profiter des vacances pour « travailler sur soi ».
Il s’agit plutôt de pouvoir, lorsque quelque chose insiste, prendre le temps de l’entendre.
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