Quand le corps parle avant les mots
Dernière mise à jour : 17 août
Il arrive que le corps fasse signe avant que le sujet puisse mettre des mots sur ce qui le traverse.
Une douleur qui revient, un symptôme qui apparaît dans certaines circonstances, une manifestation corporelle qui se répète : quelque chose insiste. Comme si l’inconscient venait frapper à la porte.
Freud s’est intéressé très tôt à cette rencontre entre le corps et l’inconscient, notamment à travers l’hystérie. Le symptôme corporel peut alors être lié à un conflit psychique inconscient et devenir une énigme pour le sujet, énigme qui se déploie dans la parole.
Une manifestation corporelle peut avoir une cause médicale qui appelle un diagnostic et des soins appropriés. Elle peut également prendre une place singulière dans la vie psychique du sujet.
Quand le symptôme fait signe
Imaginons une personne qui souffre d’otites à répétition.
Au cours de son analyse, elle parle de certaines paroles de son entourage, de choses qu’elle a entendues et auxquelles elle aurait préféré ne pas être confrontée. Des souvenirs apparaissent, puis d’autres associations. Ce qui a été entendu, ce qui aurait dû l’être, ce qui ne pouvait pas l’être prennent progressivement une place dans son discours.
L’otite entre alors dans les associations du sujet et prend une valeur singulière dans ce qu’il élabore.
Le corps a frappé à la porte. La parole permet d’entendre ce qui se noue autour du symptôme.
Il ne s’agit pas de chercher une signification préétablie à la manifestation corporelle. C’est dans les associations du sujet que le symptôme peut prendre sens.
Quand le symptôme insiste
Ce qui fait signe peut aussi se répéter.
Une même situation revient sous des formes différentes. Le sujet souhaite consciemment s’en éloigner et se retrouve pourtant pris dans ce qui se rejoue. Un symptôme corporel peut lui aussi réapparaître, parfois dans des circonstances qui font question.
Freud parle de compulsion de répétition pour désigner cette répétition qui échappe à la volonté consciente.
L’analyse s’intéresse alors à ce qui insiste : ce qui revient, ce qui se déplace d’une situation à l’autre et la place que le sujet occupe dans cette répétition.
Le symptôme n’est plus seulement ce qui arrive au sujet. Il devient une question sur ce qui se répète.
Quand la répétition conduit vers l’histoire familiale
Parfois, ce qui se répète conduit vers une histoire qui précède le sujet.
Une dette, une perte, un secret, une obligation, une place particulière dans la famille ou un événement resté sans élaboration peuvent produire des effets chez les générations suivantes.
Ce qui se transmet n’est pas nécessairement un symptôme identique. Une histoire familiale peut se transmettre à travers des identifications, des attentes, des non-dits ou une dette symbolique, puis prendre chez un descendant une forme qui lui est propre.
La compulsion de répétition peut alors conduire à interroger ce qui, dans l’histoire du sujet, ne commence pas avec lui.
C’est dans cette perspective que peut se penser la dimension transgénérationnelle du symptôme.
Le sujet n’est pas condamné à reproduire ce qui l’a précédé. L’analyse permet d’interroger la place qu’il occupe dans cette histoire et ce qui, dans la répétition, peut commencer à se déplacer.
Ce qui toque à la porte
Le corps peut ainsi faire signe sans que son sens soit donné d’avance.
Un symptôme apparaît. Il revient. Il insiste.
Quelque chose toque à la porte.
L’analyse permet de suivre ce qui se dit autour de lui, les associations qu’il suscite et les répétitions dans lesquelles il s’inscrit.
Le corps ne donne pas la réponse. Il ouvre une question.
