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Pascale Raoux

Membre de la Société Française de Psychanalyse Appliquée​​

Psychanalyse et Psychothérapie​

Cabinet et téléconsultations​​

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Pourquoi se confie-t-on à une intelligence artificielle ? Le regard de la psychanalyse

Une machine n’a pas d’inconscient : peut-elle nous entendre ?


« Une personne écrit à une IA à deux heures du matin. Elle ne cherche pas une solution. Elle cherche quelqu’un qui réponde immédiatement, qui ne soit ni fatigué, ni inquiet, ni déçu. »


Il arrive aujourd’hui que certaines personnes parlent à une intelligence artificielle de leurs préoccupations, de leurs doutes, de leurs émotions ou de leurs questionnements personnels.

Cette situation, encore récente, peut surprendre. Pourquoi choisir de se confier à une machine ? Pourquoi adresser une parole intime à un interlocuteur qui n’est pas un être humain ?

L’intelligence artificielle répond, reformule, accompagne une réflexion. Elle peut donner le sentiment d’une présence disponible, d’un espace où déposer ce qui nous traverse.

Mais une question essentielle demeure : une machine qui n’a pas d’inconscient peut-elle véritablement entendre ?

La psychanalyse propose un éclairage singulier sur cette nouvelle relation, car elle s’intéresse depuis toujours à ce qui se joue lorsque quelqu’un prend la parole et adresse son histoire à un autre.

Parler, ce n’est jamais seulement transmettre des informations

Dans la vie quotidienne, nous parlons souvent pour expliquer, raconter ou obtenir une réponse. Mais la parole humaine va bien au-delà de la transmission d’informations.

Parler, c’est aussi chercher à être entendu.

Lorsque nous nous adressons à quelqu’un, nous attendons parfois une reconnaissance, une compréhension, un accueil. Nous cherchons un espace où nos pensées peuvent prendre forme et où ce qui était confus peut commencer à se dire.

La psychanalyse considère que la parole révèle toujours davantage que ce que nous avons volontairement décidé d’exprimer. Derrière nos mots peuvent apparaître des émotions, des répétitions, des contradictions ou des désirs que nous ne percevions pas clairement.

C’est ce qui fait de la parole un véritable travail intérieur.

L’intelligence artificielle n’a pas d’inconscient

L’intelligence artificielle peut produire des réponses élaborées, adaptées et parfois étonnamment pertinentes. Pourtant, une différence fondamentale existe entre une machine et un être humain : l’IA n’a pas d’inconscient.

Elle n’a pas d’histoire personnelle, pas de souvenirs vécus, pas de désir, pas de manque. Elle ne connaît ni conflit intérieur ni mouvement psychique.

Elle utilise le langage, mais elle n’est pas habitée par lui comme l’est un sujet humain.

En psychanalyse, l’inconscient désigne cette dimension de notre vie psychique qui nous échappe en partie : ce qui se manifeste malgré nous, dans nos paroles, nos choix, nos rêves, nos oublis ou nos répétitions.

Une intelligence artificielle peut analyser une phrase, mais elle ne rencontre pas ce qui, chez un sujet, cherche à se dire au-delà des mots.

Pourquoi avons-nous alors le sentiment d’être écoutés ?

Si l’intelligence artificielle n’est pas un sujet, pourquoi certaines personnes ressentent-elles malgré tout une forme d’écoute ?

La psychanalyse nous apprend que nous construisons toujours notre relation à l’autre à partir de notre propre monde intérieur.

Nous attribuons des intentions, des attentes et des significations à ceux qui nous entourent. Nous cherchons dans l’autre une réponse à des questions parfois anciennes : suis-je compris ? Puis-je être entendu ? Puis-je dire ce que je ressens sans être jugé ?

Face à une intelligence artificielle, ce mouvement peut également exister.

La machine devient alors un support d’expression. Elle offre un espace où la parole peut se déposer. Mais ce qui se révèle dans cet échange appartient avant tout à la personne qui parle.

Ce n’est pas l’IA qui découvre notre intériorité : c’est notre propre parole qui nous permet parfois de mieux l’approcher.

Une réponse n’est pas une écoute

L’intelligence artificielle sait répondre. Mais répondre n’est pas nécessairement entendre.

L’écoute psychanalytique possède une dimension particulière. Elle ne cherche pas seulement à comprendre le sens apparent des paroles. Elle prête attention aux nuances, aux silences, aux hésitations, aux répétitions, à ce qui surgit parfois à l’insu de celui ou celle qui parle.

Un mot oublié, une phrase interrompue, une émotion qui apparaît soudainement peuvent devenir des éléments importants du travail analytique.

Une machine peut traiter un message écrit. Elle ne perçoit pas la présence d’un silence, la tonalité d’une voix ou la singularité d’une rencontre.

C’est cette différence qui sépare un échange avec une intelligence artificielle d’un travail psychanalytique.

L’IA révèle notre besoin profond d’être entendu

L’apparition de l’intelligence artificielle met en lumière quelque chose de profondément humain : nous avons besoin de parler.

Nous avons besoin de mettre des mots sur ce que nous vivons, de chercher du sens, de donner une forme à ce qui reste parfois difficile à exprimer.

L’IA répond à une époque où beaucoup ressentent le besoin d’un espace disponible immédiatement. Elle témoigne aussi de notre désir d’être accompagnés dans nos réflexions.

Mais elle ne remplace pas la rencontre avec un autre sujet.

Car en psychanalyse, l’enjeu n’est pas seulement d’obtenir une réponse ou un conseil. Il s’agit de permettre à une parole singulière de se déployer, dans un espace où ce qui était inconnu de soi peut progressivement apparaître.

L’intelligence artificielle et la psychanalyse : deux rapports différents à la parole

L’intelligence artificielle et la psychanalyse ne répondent pas au même besoin.

La première peut aider à organiser une pensée, explorer une question ou trouver des informations.

La seconde propose un espace de rencontre avec soi-même à travers la parole.

Une intelligence artificielle n’a pas d’inconscient, mais elle nous rappelle combien l’inconscient humain existe et combien nous sommes des êtres traversés par le langage.

Elle ne possède pas de désir, mais elle nous invite à interroger les nôtres.

Elle ne nous connaît pas véritablement, mais elle révèle peut-être une question essentielle : qu’attendons-nous réellement lorsque nous cherchons quelqu’un à qui parler ?

C’est précisément dans cet espace d’interrogation que la psychanalyse trouve sa place : offrir un lieu où une parole peut être entendue dans toute sa singularité.

 
 
 

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