Le lapsus lectionis : quand l'inconscient modifie notre lecture
Dernière mise à jour : 6 sept.
Pourquoi lisons-nous parfois un mot à la place d'un autre ? Découvrez comment le lapsus lectionis révèle l'influence de l'inconscient sur la lecture selon Freud et la psychanalyse.

Pourquoi lisons-nous parfois un autre mot que celui qui est écrit ?
Vous attendez avec impatience un message important. En consultant votre téléphone, vous croyez lire : « Je te quitte ». Une inquiétude surgit immédiatement. Pourtant, en relisant quelques secondes plus tard, vous découvrez que le message disait en réalité : « Je te contacte ».
Simple distraction, fatigue ou manque d'attention ? Ou bien cette erreur de lecture résonne-t-elle avec quelque chose de votre vie psychique ?
La psychanalyse s'intéresse à ces petits incidents du quotidien qui semblent anodins mais qui peuvent parfois témoigner de l'activité de l'inconscient. Parmi eux figure le lapsus lectionis, ou lapsus de lecture, lorsqu'un mot ou une expression est perçu autrement que ce qui est réellement écrit.
Le lapsus lectionis, une erreur pas tout à fait comme les autres
Lire « rupture » à la place de « structure », voir apparaître un prénom dans un texte où il n'est pas mentionné, interpréter une phrase neutre comme une phrase menaçante : ces erreurs de lecture sont souvent très brèves.
La plupart passent inaperçues. Mais certaines nous surprennent parce qu'elles font immédiatement écho à une préoccupation, une inquiétude ou une situation particulière.
Le lapsus lectionis apparaît alors comme une rencontre entre le texte effectivement lu et l'univers psychique du lecteur.
Que dit Freud des erreurs du quotidien ?
Dans Psychopathologie de la vie quotidienne, Sigmund Freud montre que les oublis, les lapsus, les maladresses et certaines erreurs apparemment insignifiantes ne sont pas toujours dénués de sens.
Ces phénomènes appartiennent à ce qu'il appelle les actes manqués. Pour Freud, l'inconscient ne se manifeste pas seulement dans les rêves : il intervient également dans les petits accidents de la vie quotidienne.
Une erreur de lecture peut ainsi être comprise comme l'interférence d'une pensée inconsciente dans l'acte de lire. Une préoccupation, un désir ou une crainte peuvent momentanément modifier la perception d'un mot ou d'une phrase.
Mais la psychanalyse ne prétend pas que chaque erreur de lecture possède une signification cachée. C'est lorsqu'elle résonne fortement avec ce que vit le sujet qu'elle peut devenir une question.
Le lapsus lectionis et le jeu des signifiants
Jacques Lacan approfondit la question de l'inconscient à partir du langage et du signifiant. Les mots entretiennent entre eux des liens qui dépassent la volonté consciente du sujet.
Dans cette perspective, le lapsus lectionis peut être envisagé comme un effet du jeu des signifiants : un mot particulièrement investi peut momentanément se substituer à celui qui figure réellement dans le texte.
La lecture devient alors un lieu où se manifestent certaines associations inconscientes propres à l'histoire du sujet.
Quand une erreur devient une question
Un lapsus de lecture n'est donc pas automatiquement un message de l'inconscient qu'il faudrait décoder.
Il devient intéressant lorsqu'il surprend, insiste ou fait écho à quelque chose de singulier dans l'histoire du sujet.
Comme les rêves, les lapsus ou les associations libres, il peut alors ouvrir un espace de parole et faire apparaître une question qui n'était pas formulée jusque-là.
Le lapsus lectionis rappelle ainsi que nous ne lisons pas toujours uniquement ce qui est écrit. Entre le texte et le lecteur s'interpose parfois son histoire, ses préoccupations et ses associations.
L'inconscient s'exprime parfois là où nous ne l'attendons pas.
